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La Conquete de Plassans

Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

La Conquete de Plassans Details

«Il détachait son cheval, dont il avait noué les guides à une persienne, lorsque l'abbé Faujas, qui rentrait, passa au milieu du groupe, avec un léger salut. On eût dit une ombre noire filant sans bruit. Félicité se tourna lentement, le poursuivit du regard jusque dans l'escalier, n'ayant pas eu le temps de le dévisager. Macquart, muet de surprise, hochait la tête, murmurant :- Comment, mon garçon, tu loges des curés chez toi, maintenant ? Et il a un oeil singulier, cet homme. Prends garde : les soutanes, ça porte malheur ! »La conquête de Plassans qui donne son titre au quatrième roman des Rougon-Macquart est l'ambition que précisément s'est fixée Faujas, prêtre bonapartiste ambitieux et sans scrupules, de s'assujettir la ville légitimiste, première étape de l'ascension à laquelle il aspire. Par son pouvoir croissant sur les esprits et sur les âmes, il met en oeuvre une stratégie satanique couronnée de succès - avant la catastrophe. 

Reviews

J??avais trouvé Le Ventre De Paris en rupture par rapport à La Fortune Des Rougon et à La Curée.Avec La Conquête De Plassans, Emile Zola poursuit le cycle des Rougon-Macquart avec une ?uvre beaucoup plus engagée sur les plan politique, social et moral.Au centre de l???uvre, un personnage et deux thèmes principaux. Le premier, l??abbé Faujas, est un religieux sombre, austère, hermétique aux plaisirs matériels, capables en presque toutes circonstances d??étouffer ses émotions tout comme de nier celle des autres. Arrivé à Plassans comme un gueux, traînant derrière lui sa vieille mère, entièrement dévouée à son fils, et une réputation sulfureuse, il s??installe chez François et Marthe Mouret, d??où il entreprendra ce qui donne son nom au roman, la conquête, lente mais inexorable de la ville de Plassans.Au travers de ce personnage central et des autres gravitant autour de lui (Mouret et sa femme, Félicité Rougon, la mère de Marthe, l??oncle Antoine, les responsables de la ville?), Zola aborde le thème de la folie d??une part et d??autre part, fil conducteur de la majeure partie de son ?uvre, celui de l??ambition, de la quête de pouvoir.Il décrit la première. Il en examine les causes, les conséquences, la progression. C??est la prétendue folie de François Mouret qui permettra son internement aux Tulettes (là où l??aïeule de la famille, Adélaïde Fouque, est enfermée depuis la fin de La Fortune Des Rougon) et autorisera l??ascension de l??abbé Faujas. C??est cette même folie, devenue réelle, qui sera la cause de la ruine de l??abbé.Un siècle et demi après la publication du roman, le naturalisme, du point de vue scientifique, a vieilli et l??intérêt de l???uvre ne réside pas dans cette thématique de la folie, qui vaut alors plus comme contexte.Par contre, lorsque Zola évoque le but que cherche à atteindre l??abbé Faujas, les chemins tortueux qu??il emprunte alors, les ambitions des édiles de Plassans et les compromis et compromissions auxquels ils sont prêts, il le fait avec une plume trempée dans l??acide. Il dresse du Second Empire un tableau au vitriol dont aucun puissant ne sort indemne. Il les cloue tous au pilori ; il stigmatise leur mesquinerie, leur opportunisme, l??avilissement auquel ils sont prêts sous des dehors puritains.La critique socio-politique que Zola fait de son époque est dès lors doublement terrible. Elle l??est tout d??abord parce qu??elle est d??une incroyable justesse et qu??il est un fin observateur des m?urs humaines et de toutes les bassesses qui en découlent. Elle est terrible ensuite parce qu??elle vaut toujours à notre époque. L???uvre, sur ce plan, n??a ?? malheureusement ?? pas pris une ride. Plassans dans la seconde moitié du XIXe siècle, Bruxelles, Paris, Londres ou Washington au début du XXIe siècle se valent. La même médiocrité, les mêmes comportements indignes règnent dans toutes les sphères du pouvoir avec une navrante constance.En analysant La Conquête De Plassans (et plus généralement les Rougon-Macquart) aujourd??hui, avec plus d??un siècle de recul, la conclusion, terrible et désespérante, est que l??humanité semble condamnée à ne pouvoir s??épanouir que sur le fumier de sa médiocrité et que ne parviennent à germer, éparses, que de trop rares graines d??humanisme.Je pourrais continuer encore longtemps à disserter sur l???uvre de Zola, sur son style tranchant, très contemporain, sur tout ce qui fait que je vais poursuivre, probablement jusqu??à son terme, la lecture du cycle des Rougon, mais le mieux est que j??en reste là et que je vous laisse découvrir par vous-mêmes combien cet écrivain vaut la peine d??être lu encore aujourd??hui !Découvrez mes autres critiques sur mon blog : L'Ivre Lecteur

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